Circuit Crimée Héritage juif karaim
La présence de la communauté juive en Europe, de l’Antiquité à la fin du Moyen Âge, demeure mal connue. En Ukraine, l’étude de la cité et du cimetière de Çufut Qale éclaire de nombreux aspects méconnus de l’existence de la population juive en Europe au Moyen Âge : la vie quotidienne, l'habitat, l'organisation urbaine, la démographie, les pratiques funéraires...
Bakhtchissaraï possède le Han saray le seul palais des khans de Crimée subsistant et ouvert aux touristes. La ville est connue pour ses liens romantiques avec le poème d'Alexandre Pouchkine, La Fontaine de Bakhtchisaraï (1823). A 2km à l'est de Bakhtchissaraï, se trouvent les ruines de l'ancienne ville fortifiée de Çufut Qale, longtemps habitée par les Karaïtes et qui comprenait des habitats troglodytiques.
La cité de Çufut Qale ou Chufut Kale
La naissance de la cité, aux Ve ou VIe siècle, semble liée à l'urbanisation de la périphérie de l'Empire byzantin. Sa population devait être au début principalement composée d' Alains. À l'époque de la domination des Kiptchaks (peuple turcophone semi-nomade) la ville se soumit et prit le nom de Kyrk Er. En 1299, Kyrk Er fut pillée par des troupes de la Horde d'Or (les héritiers de Ghengis Khan). Aux XIIIe et XIVe siècles, la ville était le centre d'une petite principauté placée sous la dépendance de la Horde d'Or. Des Karaïtes s'y établirent. Au moment de la naissance du khanat de Crimée, ils devaient déjà former la majorité de la population. La cité fut la résidence du premier khan de la Crimée indépendante, Haci Giray. Sous le khan Mengli Giray, la capitale fut transférée à Bakhtchyssaraï. L'ancienne forteresse fut alors utilisée comme prison pour les prisonniers de guerre de haut rang et aussi pour frapper de la monnaie. La forteresse reçut le nom actuel, Çufut Qale. Ses habitants pratiquaient une forme particulière de judaïsme. Les Karaïtes nommaient le lieu Djouft Kale "double forteresse".

Après le rattachement de la Crimée à l'Empire russe, la population karaïte commença à se disperser dans d'autres localités de Crimée notamment à Feodossia ou Evpatoria, si bien qu'à la fin du XIXe siècle, Chufut Qale était devenue pratiquement inhabitée. Aujourd'hui, Çufut Qale est presque entièrement en ruine. La partie la plus ancienne de l'ancienne ville fortifiée comprend d'anciens habitats troglodytiques ainsi que les ruines d'une mosquée et un mausolée. Deux kenessa (synagogues karaïtes) et deux bâtiments de ferme sont bien conservés. Une exposition donne diverses informations sur la culture karaïte.
Cimetière Karaite de Chufut Qale

Le cimetière karaïte non loin de la cité troglodyte de Chufut Qaleh est l’un des plus vastes et des plus anciens cimetières juifs d’Europe. Il contient environ 7 000 pierres tombales, dont 3 400 possèdent des épitaphes qui remontent à 1364. Le karaïsme est un courant du judaïsme scripturaliste, car fondé sur la seule "Miqra", la Bible hébraïque (la Loi écrite) et le refus de la Loi orale. À l'origine, les mots "karaïte" et "karaïme" étaient confondus. Au XIXe siècle, les karaïtes de l'empire du tsar (uniquement eux) se redéfinirent comme un peuple distinct du peuple juif, d'ethnie turque tatare, pratiquant une religion spécifique issue du mosaïsme et possédant sa langue propre. Le mot "Karaïme" est passé dans le langage commun pour désigner les adeptes de cette religion particulière et karaïte a été plutôt utilisé pour designer ceux qui ont continué à se définir comme Juifs.

Au cours d'une mission d’exploration de 2009, les fouilles du quartier karaïte de la cité troglodyte de Mangup Qale ont été entreprises. Dans les collines aux alentours de Feodosiya (sud est de la Crimée) un cimetière juif abandonné qui, bien que difficile à trouver est très intéressant.
Sur le sujet voir aussi : Evpatoria, la mosquée Khan-Dzhami, la Cathédrale Nikolaevskiy, la Kenessa des Karaims, l’église catholique arménienne.